Nouvelle Calédonie
Tricots rayés et pins colonaires
Nous voilà dans l’île-caillou, petite France du bout du monde. Île émeraude et ocre dans son écrin tapissé de bleu. Le turquoise des lagons tutoie le bleu profond de l’Océan. Ici, le Pacifique roule ses dernières houles, l’Asie n’est déjà plus si loin. Nous avons échangé sans regrets la fougère néo-zélandaise contre le pin colonaire. Les tricots rayés, petits serpents très venimeux (mais heureusement si petits qu’ils n’arrivent pas à ouvrir la bouche assez grand pour mordre un homme… du coup, ça fait moins aventurier, hein ?!), ont remplacé les pingouins.
C’est avec bonheur que j’ai retrouvé les marchés tropicaux, avec leur abondance de légumes et de fruits. Ici, la courgette côtoie l’igname, l’aubergine se cuisine au lait de coco et c’est à la patate douce que je fais mes pommes de terres « en carrelets ».
Nous avons passé 3 semaines entre dans le lagon Sud et à l’île des Pins. Nous y avons retrouvé la douceur de vivre des îles du soleil. Baignades, balades, plage à haute dose pour les enfants.
A l’île des Pins, nous avons eu la chance de voir l’arrivée d’un gros paquebot remplis de touristes. Nous avons ainsi pu assisté aux danses traditionnelles, et goûter au bougna, le plat traditionnel d’ici : ignames, taro, bananes à cuire, courge, tomates, lait de coco et au choix : poulet ou poisson ou viande, le tout emballé dans des feuilles de bananier, puis déposé dans des paniers en palmes de cocotier, et cuit dans un four sous la terre. Nous avons passé cette journée là assis sous un arbre en bordure de plage à discuter avec Charles, un habitant de l’île un peu plus âgé que nous, des conditions de vie sur l’île et de sa vision du monde. Lui qui est stressé par Nouméa et qui craint l’hiver qui s’approche avec ces 23°… je l’imagine bien vivant à Paris ! Mais au moins, ce n’est pas son rêve, il aime son île et sa tranquilité.
Nous avons passé une petite semaine en rade de Nouméa, à profiter de la ville[…]
La ville de Nouméa est intéressante, elle mêle une architecture coloniale du temps du bagne, à des immeubles modernes et à une façon de vivre tropicale, c’est à dire : du monde plein les rues et les parcs, des robes-missionnaires, des bonnets de laines (Si, si, c’est une constante sous les tropiques : les gros bonnets de laine que même chez nous t’en vois pas des si gros, sur la tête des gars, et même des Môsieurs). Y’a des boutiques chics, des bus qui puent, des bouchons aux heures de pointes, des gosses souriants (devraient pas être à l’école ceux-là, d’ailleurs ?!?), des doudous, des boutiques de boubous, des snacks pourraves et des restos de luxes, du macdo et du beignet de taro, des cocotiers, des perroquets, des crottes de chiens, des bouteilles plastiques qui flottent dans l’eau de la baie, des égouts, des poubelles qui recyclent tout, un marché aux poissons, aux légumes et aux bricoles, des « Géant Casino » et des épiceries chinoises, du camembert et des bananes poingo. Des initiatives françaises et des revendications séparatistes. Des matchs d’impros en français et des contes kanak en kanak. De la chanson française et des percussions polynésiennes. De grands musées prétentieux en banlieue inaccessible et des arrières boutiques sombres qui vendent de l’artisanat local au centre ville… Bref, c’est une caverne d’Ali Baba géante, une fourmilière anarchique, un joyeux foutoir avec la mer tout autours, des montagnes derrières, des lagons splendides et des mines de nickel à ciel ouvert, avec des tapis roulants qui se déroulent depuis le haut tout en haut jusqu’en bas tout en bas dans la mer, et des usines qui polluent devant tout ça. C’est magnifique. C’est la vie comme je l’aime, grouillante et remuante, avec parfois un moment de grâce et de paix, quand le soleil se couche, quand les gens « de la file du super U du coin qui attendent depuis 45 minutes pour payer deux baguettes parce que la caissière elle a dû partir en urgence » continuent à attendre 5 minutes supplémentaires en plaisantant et que ça en devient même agréable d’être là, à attendre au milieu de tous ces gens qui rigolent, quand un perroquet vert et rouge traverse la rue juste au-dessus d’un vieux bus rempli d’enfants souriants (ben tiens, ceux-là, ils doivent rentrer de l’école…Ils sont donc pas tous dans la rue.)
Après quelques jours aux îlots, histoire d’avoir vu un tout petit peu autre chose que la ville et l’île des Pins, nous voici de retour pour une dernière ligne droite avant le Vanuatu. Nous espérons partir lundi prochain (le 2 juillet). Il nous reste encore deux trois bricoles à préparer et à réparer. Et puis, il faut encore faire un plein de boîtes de ravioli pour les longues traversées à venir où la cuisinière officielle de Shipibo sera plutôt penchée par-dessus le bastingage que sur ses casseroles.
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On vous embrasse.
A bientôt
L’équipage de Shipibo
Vanuatu
Vanuatu, Espirito Santo Island, Luganville, le jeudi 2 août 07
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Voilà bientôt un mois que nous nous baladons dans le Vanuatu. Je vais vous dire un secret : Si vous aimez l’aventure, la découverte loin des sentiers battus, les traditions mystérieuses et vivaces, l’eau turquoise et tiède, les plages de sable blanc, la plongée sous-marine, la jungle profonde, les volcans en éruption, les contacts faciles, les gens souriants, manger des ignames et de la papaye à tous les repas, dormir dans des pensions rustiques, marcher, plonger dans des cascades, c’est ICI que vous devez venir passer vos prochaines vacances. Et n’attendez pas trop longtemps, parce que tout change vite, et dans pas si longtemps, les pensions de bambous sans électricité seront remplacés par des hôtels de bétons dignes de la Costa Brava.
Il reste ici des endroits peu explorés et pas du tout exploités. Il y a encore ici des gens qui sont curieux de rencontrer l’autre, et qui aiment être questionnés sur leur existence.
Bien sûr, c’est un peu brut de décoffrage. Dans bien des villages, il n’y a pas d’eau courante autre que celle de la cascade. On cuisine au bois sur des foyers à même le sol. Il n’y a pas d’électricité, et souvent pas de pétrole à mettre dans de rares lampes.
Les enfants ne vont pas tous à l’école, parce que c’est payants et que les parents n’ont pas d’argent pour le faire, et même pas d’argent tout court.
Il ne fait pas bon être malade au Vanuatu, les hôpitaux sont rares et mal équipés.
Il faut aimer l’igname, le chou chinois, la banane et la papaye, parce que dans les îles on ne mange pas grand chose d’autre.
Mais jamais encore nous n’avions rencontrés des gens si chaleureux. Dans chaque village où nous sommes entrés, nous avons été accueillis par des sourires et des rires. Les enfants ont toujours été reçus comme des rois. J’ai encore dans le cœur l’image de Nino faisant l’avion et suivit par la vingtaine de gamins du village. Je vois encore Zélie se faire caresser les cheveux, toucher, porter par toutes les petites filles de ce même village. Dans un autre, les enfants nous ont fait visiter leur domaine. Le petit garçon qui nous servait de guide n’a pas cessé d’offrir des fleurs, des feuilles, des coquillages, des herbes à nos deux moussaillons, aussitôt imité par le reste de sa bande. Là, c’est Marie qui parle si bien le français qui prend une demi-journée pour nous faire visiter son jardin. Une merveille que ce jardin-là ; un fouillis de plantes « pratiques » : pour faire les toits, les paniers, les nattes, les murs, les poutres ; accompagné d’un fouillis de plantes « cosmétiques » : des fleurs, des feuilles bizarres ou colorés ; et soldé d’un fouillis de plantes « gastronomiques » : ignames, taro, coco, chou, chouchoutes, ananas, oignons verts… sans oublier le fameux kava, la boisson nationale qui ferait le bonheur des amateurs de dentiste. Aaah… le kava… on nous en parlait depuis des mois ! « C’est horrible ! Tu croirais boire de la terre ! On dirait l’anesthésiant que te fait prendre le dentiste en rinçage ! C’est mâché par les vieilles et les puceaux avant d’être recraché dans un seau… » Mmmmh… c’est clair que vu comme ça… Bon. Mais quand c’est le plus grand des petits chefs de la tribu qui te le propose, c’est quand même difficile de dire non… et puis, sur Shipibo, on ne redoute plus aucune expérience scientifique ! Donc, nous avons goûté le fameux kava. Il faut dire que j’avais bien vu qu’il n’avait pas été machouillé par des petites vieilles édentés (ni par des puceaux d’ailleurs). C’est vrai que c’est un peu comme boire de l’argile diluée, qui aurait un goût de girofle et de poivre. C’est pas si mauvais que ça, et puis, ça ne nous a pas fait grand effet. Il paraît qu’il faudrait en boire plus… au vu de la descente qui nous attendait pour revenir sur Shipibo, j’aime mieux en être resté là.
A Tanna, nous avons eu l’occasion de voir un volcan encore actif. Nous avons pu ainsi admirer de nuit des éruptions de lave orange, dignes des plus beaux feux d’artifices.
A Ambrym, nous avons assisté à deux jours de danses lors de la reconnaissance de nouveaux chefs. A Vila, nous avons aimé le marché de fruits et légumes ouvert toute la nuit, et le marché d’artisanat.
A Maewo, nous avons écouté un Strind band en dégustant du cochon grillé (oui, oui, comme dans les Astérix… sauf que la musique était plus agréable que celle du barde !).
A Ambae, nous avons participé à la fête nationale, avec la venue d’un clown dont l’humour nous échappait totalement, mais qui a fait hurler de rire l’assistance.
Ici, à Espirito Santo, nous nous sommes contentés pour l’instant de vivre un tremblement de terre, plutôt costaud, qui ne nous a pas fait d’autre mal qu’une frousse bleue.
Nous attendons maintenant une bonne fenêtre météo pour rejoindre la Papouasie. A part quelques jours dans les Louisiades, petites îles qui sont sur notre route, et un séjour en marina « hautement surveillée » paraît-il, à Port Moresby, nous ne devrions pas voir grand chose de ce pays là. C’est que la route est longue jusqu’en Indonésie, et on nous y attend pour le 1er septembre ! […]
[…]Nous avons eu l’occasion de faire plusieurs plongées (masque et tubas) toutes plus belles les unes que les autres. L’eau ici est très agréable, dans les 30 degrés, à peine moins chaude que l’eau du bain ! Le temps à été plus ensoleillé que nous le prévoyions, et moins chaud que ce que nous redoutions ! Nous avons eu finalement bien du vent entre les îles, en bref, un séjour plutôt réussi.
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On vous embrasse
A bientôt
L’équipage de Shipibo
Papouasie Nouvelle-Guinée
Papouasie Nouvelle-Guinée, Port Moresby, lundi 3 septembre 2007
Bonjour à tous !
Nous voilà donc chez les Papous, c’est tout de même quelque chose à écrire ! Si on nous avait dit un jour que nous allions venir par là, on ne l’aurait pas cru !
Port Moresby est réputée être une des villes les plus dangereuses du monde. Nous n’y avons croisé que sourires. Certes, nous ne sortons pas le soir, je porte des pantalons lorsque je sors de la marina, et nous n’allons pas faire nos promenades dans les bidonvilles locaux.
Ça reste une grande ville, avec un fort taux de pauvreté. Nous n’avions d’ailleurs jamais vu de ville comme celle-ci. On nous a avancé le chiffre de 700'000 habitants, et seuls les bâtiments de la city, le centre des affaires avec ses banques, assurances et autres médecins, dépassent les deux étages. Il n’y a pas de centre ville à proprement parlé, mes une juxtaposition de quartiers, séparés entre eux par de larges terrains vagues. Le Parlement, par exemple, est un magnifique bâtiment posé au milieu de rien. On s’y rend par une route de terre battue. La ville est traversée par de larges routes, presque des autoroutes, qui mènent d’un quartier à l’autre, et il est bien difficile de se déplacer à pied. Nous sommes arrivés mercredi, après un séjour incroyable dans les Louisiades, et nous allons repartir demain. C’est un peu court pour se faire une idée du pays… il nous faudra donc y revenir… un jour…
Entre le Vanuatu et l’énorme île qu’est la Papouasie se trouve un archipel appelé Louisiades. Elles prolongent en chapelet la côte sud est de la Papouasie. Un avion s’y rend parfois ( nous n’avons pas compris à quel rythme exactement, mais certainement pas hebdomadaire), et un cargo y amène le minimum vital de temps en temps. En gros, il n’y a rien. Le boulanger n’a plus de farine depuis plusieurs semaines. Le dispensaire n’a pas de médicaments. L’épicerie ne vend plus ni riz ni sucre, et il reste sur l’étagère 3 boîtes non identifiées. C’est comme ça depuis plusieurs semaines (mois ?) et ça le sera pour encore un moment.
Et nous trouvons là, des gens souriants et accueillants.
Ce sont les rois du « canu », ils naviguent à l’intérieur du lagon avec une pirogue à balancier gréée avec une voile en plastique noire. Nous avons sans cesse la visite des ses navigateurs émérites. Pas de boussole, pas de cartes, pas de GPS, et pourtant, ils n’hésitent pas à naviguer plusieurs jours pour se rendre visite d’île en île, ou pour se rendre à un match de foot.
Ici, c’est la fête à la débrouille et nous sommes ébahis de voir ce que ces gens sont capables de faire avec trois bouts de ficelle. Nous passons 10 jours formidables parmi eux. Nous troquons du riz, du sucre, du corned beef, mais aussi des clous, des t-shirts, des habits pour enfants, des allumettes, une pierre à aiguiser contre des fruits, des légumes et des langoustes. Jamais de ma vie je n’ai mangé autant de langoustes ! En effet, il y en a des dizaines qui vivent dans des trous à fleur d’eau. Une aubaine pour les insulaires, qui trouvent là sans efforts une bonne monnaie d’échange ! 8 langoustes en 8 jours ! nous avons fini par demander grâce !
Au crépuscule, les pirogues reviennent du jardin et s’arrêtent vers Shipibo pour nous proposer la cueillette du jour ou simplement pour nous saluer. Nous invitons les piroguiers à bord pour un thé ou un café, et c’est ainsi l’occasion de parler un peu de leur vie de tous les jours.
Nous faisons aussi la découverte du « sourire au betel ». Le betel est une noix que les papous mâchent à longueur de journée. Ils l’assaisonnent avec de la chaux, et crachent ensuite à terre de longs jets rouges. Sur le moment, la bouche semble sanglante, et à la longue, les dents deviennent jaunes, oranges voir brunes foncées. D’où un sourire particulier ! Je ne sais pas s’il y a accoutumance, mais ces noix apportent semble-t’il une certaine détente… Nous n’avons pas testé !
Nous aurons au moins eu cette expérience là de la Papouasie, bien éloignée de la vie feutrée et préservée du Yacht Club ou nous sommes actuellement !
Demain nous partirons donc « affronter » le Détroit de Torrès, et nous ferons notre entrée en Indonésie. Je me réjouis de découvrir ce nouveau pays, qui doit être bien différent de ce que nous avons vu jusqu’à maintenant. Nous avons appris qu’Internet s’y faisait rare, ne soyez donc pas surpris si vous ne recevez pus de nouvelles durant un moment.
[…]
On vous embrasse
A bientôt
L’équipage de Shipibo
Nous ne sommes pas très différents de vous : une famille de quatre, Stéphane le papa (36 ans), Sophie la maman (34 ans), Nino, le fils ainé (6 ans) et Zélie la cadette (3 ans). Nous n'avons
jamais mangé de la vache enragée, nous n'avons pas économisé la moindre pièce durant des années, nous n'avons pas de métiers rapportant particulièrement d'argent (décorateur d'intérieur et
bibliothécaire), pas d'héritage autre que celui du goût du rêve.
Et pourtant, nous sommes partis pour un peu moins de trois ans sur notre voilier pour ce qu'on appelle une circumnavigation, un tour du monde à la voile.
J'écris ce premier article de Malaisie, où nous allons passer deux mois, parce qu'il est déjà temps pour nous de penser au retour, et que j'imagine, peut-être à tort, qu'un blog est un bon moyen
de présenter notre voilier et que ceci nous aidera à le vendre dès notre arrivée en France. Et aussi parce que nous avons envie de partager avec vous quelques beaux moments.
Ce blog se compose de deux parties distinctes :
Vous préparez un voyage en voilier et vous avez une question ? Notre aventure vous intéresse et vous désirez en savoir plus ? Contactez-nous nous vous répondrons dans la mesure de nos possibilités.
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