05. Maldives et Mer Rouge. Yemen, Erythrée, Soudan, Egypte

Bonjour à tous !

 

[…]

 

1600 miles séparent la Thaïlande des Maldives. Il nous faudra 14 jours pour traverser cette première partie de l’Océan Indien. Une traversée sans histoire, entre grains et calme plat. A l’arrivée, nous trouvons une petite île au milieu d’autres, et cinq douaniers hilares et sympathiques, payés à l’année pour accueillir la cinquantaine (grand maximum) de voilier qui débarquent entre janvier et mars. Comme boulot, j’ai déjà vu plus stressant. Une fois les formalités expédiées dans une ambiance de grandes vacances, nous pouvons débarquer et visiter le joli petit village aux rues de sables et aux maisons aux murs de corail.

Comme il n’y a rien à faire, les jeunes du coin servent de guides aux gens de passages, comme nous. Nous avons ainsi toutes les indications nécessaires, et nous ne pouvons pas nous perdre.

Nous passons cinq jours ici.

Stéph participe au plus long match de foot de l’histoire d’Uligamu, je fais partie maintenant de l’équipe officielle de Jump ball, sorte de balle à deux camp locale, et je suis imbattable sur la façon de cuisiner le cake au riz local.

Après l’école, les enfants viennent jouer sur la plage, et ils aiment faire participer les plaisanciers . Difficile de résister à leurs sourires d’anges. Nous faisons donc les clowns, sous le regard bienveillant des quelques vieillards de l’île.

 

Il est interdit de visiter les îles environnantes, il est interdit de boire de l’alcool à terre, il est interdit de faire des cadeaux aux autochtones, il est interdit de les inviter sur le voilier… Toutes ces interdictions peuvent paraître rébarbatives… et d’un autre côté, nous n’avons jamais eu une relation aussi simple avec les gens, qui n’attendent rien de nous, que le plaisir d’un échange. Quand je vois les dégâts que le tourisme peut engendrer à certains endroits, je peux comprendre que l’on cherche à préserver son pays.

Nous avons droit à un ballet de dauphins dans le soleil couchant, et nous admirons de gigantesques raies mantas qui nagent juste au dessous de notre dinghy.

 

5 jours, c’est court… pourtant, il est déjà temps de reprendre la mer… il y a encore pas loin de 1800 miles à faire jusqu’à Aden…

17 jours plus tard, nous y voilà. […]

C’est notre dernière grande traversée. Après toutes nos premières fois, voilà que nous enfilons les « dernières » les unes après les autres.

 

Aden. Nous mouillons dans les faubourgs de la ville, ce qui donne l’impression d’être dans un gros village. Les maisons accrochées aux falaises de lave portent encore parfois la marque des salves de mitraillettes. Nous devons décliner notre identité pour sortir du yacht club. Les femmes sont voilées de noir, on ne distingue que leurs yeux. Les gens qui nous abordent nous parlent avec chaleur. Les autres nous dévisagent longuement. Est-ce que je deviens parano ? C’est la première fois que je ressens une certaine hostilité. On ne répond pas à mes sourires, on parle derrière mon dos, on me dévisage sans bienveillance. Nous sommes loin de la bonhomie et de la curiosité amicale des musulmans indonésiens ou malais… Pas de place (visible du moins) pour les femmes dans la société yéménite. Encore moins pour une européenne. Je porte pourtant des pantalons et une chemise à longue manche.

Nous lions toutefois de bons contacts avec les personnes qui viennent voir les bateaux, les chauffeurs de taxi, les gardes du port. Nous découvrons le kat, grosse chique d’herbe-qui-détend, qui déforme surtout la joue de la quasi totalité des hommes que nous croisons. Nous nous régalons de poulet et d’agneau, et nous apprécions de découvrir de nouvelles épices. Nous nous ruons avec bonheur sur nos premières pâtisseries arabes. Nous rencontrons nos premiers dromadaires. La visite du souk arabe est un dépaysement complet. Le paysage est volcanique et lunaire, fait de pointes et d’angles. Quel changement avec la douce Asie ! Nous n’aurons jamais fait un bond culturel aussi important…Comme le ying et le yang, nous avons l’impression de découvrir ici l’envers exact et complémentaire de l’Asie.

 

Nos escales relèvent maintenant du relais d’approvisionnement d’un marathon. 5 jours à Aden, le temps de se reposer un peu, de faire de l’eau, du fuel, de la lessive, le marché, internet, et nous voilà repartis pour Bab el Mandeb, les portes des lamentations, l’entrée de la Mer Rouge. Nous faisons une entrée en fanfare dans celle-ci, avec un bon petit vent arrière qui nous pousse à 8 nœuds en direction du nord. Un dernier regard vers l’océan… on reviendra, c’est sûr !

La pêche marche du tonnerre : un mahi-mahi, une carangue. Après 3 jours de navigation entre voile et moteur, nous arrivons à Massawa en Erythrée. Ce sont nos premiers pas en Afrique.

 

Nous passons 5 jours à Massawa. L’architecture de la ville est particulière, mêlant motifs arabes et italiens. Toute les maisons portent des impacts de balles. Certaines sont à moitié effondrées. Je n’ai jamais vu autant de café de ma vie. Et ils portent bien leur nom, car on ne peut bien souvent pas y boire autre chose.

Nous profitons de cette escale pour monter à Asmara, la capitale. Le trajet en lui seul vaut le déplacement, malgré un chauffeur plus que taciturne. La ville est réputée pour son architecture hétéroclite. Mussolini rêvait d’en faire la capitale d’un nouvel empire africain, et il a investit ici et fait construire des bâtiments néo-classiques, modernes, art moderne et que sais-je encore. Dès que l’on quitte le centre-ville, on retrouve le bric à brac des villes africaines : marchés divers, ateliers de recyclages, maisons de planches, ânes et dromadaires, vendeur à la sauvette… Mais c’est amusant de voir la rue principale et ses terrasses, identiques à celle que l’on peut voir en Italie, mais dont toute la clientèle est… noire ! Ce qui fait dire à Zélie, qui a un sens de l’observation très poussé : « Mais ?! c’est le pays des noirs ici, ou quoi ?!) ;-)

A part ça, la légende est bien vraie : les femmes d’Erythrée sont superbes. (Les hommes, je ne sais pas, je n’ai d’yeux que pour mon mari… faut bien que je le surveille !)

 

Nous remontons la côte africaine à notre rythme et au rythme du vent et de notre moteur jusqu’à Sawakin, au Soudan. La ville est incroyable, entièrement rebâtie sur des ruines. On y vit ici comme ils y a… 200 ans ? ou comme depuis toujours ? Pas d’eau courante, pas d’électricité, pas d’ombre, pas d’herbe, pas de bois pour le feu, pas de gaz. Des porteurs d’eau, des cabanes de planches et de tôles adossées à de vieux murs, un souk gigantesque, plein de bric et de broque, et partagé en quartiers : le quartier du lait, celui de la farine, le souk aux légumes, le quartier des quincailleries, celui des vanniers et celui des potiers. Partout, sur de minuscules braseros, bout une théière dans laquelle mijote le thé vert si sucré qu’affectionnent tous les pays qui bordent la Mer Rouge. Les hommes sont habillés entièrement de blanc, avec un turban blanc également sur la tête, et parfois un gilet sombre. Les femmes elles sont voilées de couleurs vives : jaune tournesol, orange, rouge vif, turquoise, elles ponctuent la marée blanche des hommes par des taches colorées, semblable à des papillons. Nous sommes impressionnés par le nombre de personnes vivant ici, sans aucun confort. Nous avions déjà vu les gens vivre dans un grand dénuement, comme au Vanuatu. Mais ils avaient de l’eau à profusion, du bois pour le feu, de la terre pour les légumes. Ici, il n’y a rien de tout ça. Juste la poussière du désert, qui s’infiltre partout.

 

Le Soudan est synonymes de plongée. Nous passons plusieurs jours mouillés dans des Shab, c’est à dire au milieu d’un récif corallien qui nous protège de la houle. Ici, pas question de mettre le pied à terre : il n’y en a pas. Nous sommes mouillés au milieu de nulle part, et dans ce nulle part vit un monde merveilleux. On nous avait dit que les fonds de la Mer Rouge étaient splendides. On attendait de le voir pour y croire. Eh bien, nous n’en croyons toujours pas nos yeux. Il faudrait que je sois à la fois poète et scientifique pour vous décrire tout ce que nous voyons sous l’eau. C’est une débauche de formes et de couleurs. Tout est somptueux : les coraux ; en branche, en boule, en drapé, en filament, les anémones, les poissons, innombrables, de toutes les formes, de toutes les tailles et de toutes les couleurs. C’est un ballet infatigable sur fond bleu marine. Nous passons des heures dans l’eau, les yeux écarquillés. Stéph est devenu un pro de la chasse au fusil-harpon, et quelques uns de ces magnifiques poissons finissent le soir dans nos assiettes. Ils sont aussi bon que beau !

 

Le 18 avril, nous sortons des tropiques, dans un gros coup de vent. Bientôt nous sommes à Port Galib, en Egypte, et puis ici, à Hurgadha, station balnéaire touristique par excellence. Il y a ici plus de 900 bateaux de plongée. On parle russe et allemand, on mange des pizza et des hamburgers. Dans la rue, on peut acheter des selles de chameaux, des chichas, des poufs en cuir, des vrais faux papyrus…Il y a le wifi à la marina, ce qui me permet de vous envoyer ce long message !

 

Nous sommes allés à Louxor, avec les 200 autres cars qui partent quotidiennement d’Hurgadha. Ils forment un long convois, protégé à chaque intersection par un homme armé d’une mitraillette. Au dessus de la cohue, nous avons pu distinguer les merveilles de l’Egypte ancienne. Ça valait tout de même le coup d’œil. Et puis, j’ai aimé observer, de la fenêtre de mon bus climatisé, les paysans égyptiens travailler leurs champs, devant leurs maisons de terre, semblable à celles qui devaient être construites dans les temps bibliques. On ne peut s’empêcher de penser, en les voyant couper leurs céréales à la main, agenouillé dans la terre, qu’ils accomplissent les même gestes depuis plus de 2000 ans.

 

Il y aurait encore beaucoup à dire, sur ce coin du monde. Il y aurait encore beaucoup plus à découvrir. Mais maintenant le temps presse ! Une longue route nous attend encore, et nous voudrions être en France dans le courant du mois de juin et en Suisse au mois de juillet. Une autre aventure commencera alors : l’école pour Nino et Zélie, trouver du travail et un appartement pour nous, et tenter de faire de notre vie quelque chose de toujours passionnant.

 

Nous espérons que tout va bien pour vous aussi. Le printemps est de retour, voici les premières fraises ! Profitez-en bien. Ayez donc une pensée pour nous, quand vous boirez votre premier verre à la terrasse d’un bistro !

 

On vous embrasse bien fort

 

A bientôt

 

Sophie, Stéphane, Nino et Zélie, sur Shipibo

 

PS : j’ai mis de nouvelles photos sur le blog shipibo.over-blog.com

 

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Texte Libre

Shipibo n'est plus à vendre

Nous souhaitons bon voyage à ses nouveaux propriétaires, Loïc et Axèle. Qu'à travers eux, Shipibo continue à vérifier chaque jour que la terre est bien ronde. Et qu'il nous fasse encore un peu rêver...

Premier contact

Nous ne sommes pas très différents de vous : une famille de quatre, Stéphane le papa (36 ans), Sophie la maman (34 ans), Nino, le fils ainé (6 ans) et Zélie la cadette (3 ans). Nous n'avons jamais mangé de la vache enragée, nous n'avons pas économisé la moindre pièce durant des années, nous n'avons pas de métiers rapportant particulièrement d'argent (décorateur d'intérieur et bibliothécaire), pas d'héritage autre que celui du goût du rêve.
Et pourtant, nous sommes partis pour un peu moins de trois ans sur notre voilier pour ce qu'on appelle une circumnavigation, un tour du monde à la voile.

J'écris ce premier article de Malaisie, où nous allons passer deux mois, parce qu'il est déjà temps pour nous de penser au retour, et que j'imagine, peut-être à tort, qu'un blog est un bon moyen de présenter notre voilier et que ceci nous aidera à le vendre dès notre arrivée en France. Et aussi parce que nous avons envie de partager avec vous quelques beaux moments.


Ce blog se compose de deux parties distinctes :

Une partie technique Le voilier , qui présente notre bateau sous ses différents aspects. Vous y trouverez un inventaire du matériel à bord, un plan et une description de Shipibo.

Une deuxième partie dédiée au voyage. Vous trouverez de courts textes de présentation de nos différentes étapes sous la rubrique Les escales qui se veut pratique et une Lettre aux amis parlant un peu plus de nos impressions de voyage. 


L' Album photo contient des images de notre périple (Voyage) , mais aussi des photos qui vous permettront de vous faire une idée de Shipibo (Le bateau) et des travaux de rénovation et d'entretien que nous avons réalisés (Rénovation et entretien).

En cliquant sur mes différents Liens, vous voyagerez avec d'autres navigateurs, ou vous obtiendrez des informations pratiques ou techniques.

La Bibliographie rescence les documents que nous avons utilisé durant notre voyage.
La rubrique Lectures contient nos coups de coeur et nos découvertes au fil des trocs et des échanges.

Dans la  Rubrique à brac nous partageons avec vous quelques réflexions, conseils ou astuces.

J'espère que ces différentes rubriques sauront vous intéresser et vous donner l'envie de partir à votre tour.

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